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Monde télévisuel

Quand Ramadan lève le voile sur tous les maux

Dimanche 18 Juin 2017
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La guerre a été officiellement annoncée entre les bureaux de sondages (essentiellement Sigma Conseil) et les télévisions privée depuis le début du mois de Ramadan : au premier sondage publié, Sigma Conseil a placé la chaîne Al Hiwar Ettounssi en haut du classement avec des chiffres importants. Ayant déplu aux autres chaînes et aux autres productions, une guerre sur la toile et sur les plateaux radiophoniques a été rudement déclenchée : les mesures d’audience avaient totalement perdu leur crédibilité.

Heureusement que la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA) a réagi à cette affaire quelques jours avant la fin du mois de Ramadan : l’instance a publié un communiqué où elle a informé que, désormais, il sera interdit de rendre public les sondages en question. L’HAICA a toutefois précisé avoir l’intention de mettre de l’ordre dans ce secteur et ce conformément aux règles internationales. Il faut rappeler ici qu’un projet de loi relatif au fonctionnement des bureaux de sondage a été déposé à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) sans qu’il y ait de suite. 

Il est vrai que la question des sondages et des audimats pose problème en Tunisie et ce, surtout, lors de la grille d’hiver où les chaînes télévisées mettent tout en œuvre afin d’arracher la première place : une compétition déloyale qui a causé, à plusieurs reprises lors de la dernière saison, un glissement de la ligne politique et des violations à l’éthique et à la déontologie professionnelle où quelques productions laissent à côté toutes les valeurs et vont vers des matières sensationnels créant ainsi le buzz sur des questions polémiques et creuses.

Mais au cours du mois de Ramadan, les enjeux commerciaux sont plus importants puisqu’ils touchent, directement, les rémunérations des équipes des feuilletons qui ne sont payés, dans la plupart des cas, que si la chaîne à laquelle ils ont vendu leurs produits réussit à ramasser assez de publicités. C’est pour cette raison d’ailleurs que quelques chaînes privées ont décidé de porter plainte contre les bureaux de sondages impliqués dans l’affaire sur la base de l’un des articles du décret 116 où il est explicitement dit que l’HAICA a, parmi ses prérogatives, le pouvoir de «fixer les normes à caractère juridique et technique relatives à la mesure d’audience (audimat) des programmes diffusés par les établissements de communication audiovisuelle et contrôler leur respect.»

Alors que la scène médiatique tente de se positionner quant à cette question, une autre polémique est survenue pour diviser encore plus la scène : le journal télévisé de la chaîne nationale 1, dans son édition du jeudi 15 juin, a été diffusé avec une heure de retard. Au lendemain de l’incident, le président directeur-général de la télévision nationale, Elyes Gharbi, a été limogé sur ordre de la présidence du gouvernement. Un limogeage qui a divisé la scène entre ceux qui ont trouvé cela une conséquence logique à l’incident et entre ceux qui ont estimé qu’il s’agit plutôt d’une solution simpliste au problème profond que vit toute la société.

Réagissant à la décision de la présidence du gouvernement, le président de l’HAICA, Nouri Lajmi, a exprimé son étonnement quant à la manière de procéder et a indiqué que cette manière de procéder viole grandement les principes de la démocratie et l’indépendance des organes médiatiques. Rejoignant l’HAICA dans sa position, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a dénoncé le limogeage expliquant qu’il rappelle les pratiques de Ben Ali qui limogeait et nommait des personnalités selon sa guise et son humeur. De son côté, le Syndicat général des médias relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a été complètement sur une autre longueur d’ondes en considérant que l’ancien PDG de la télévision nationale est responsable de l’état de chaos dans lequel se retrouve l’établissement. Le Syndicat a fortement appuyé la décision du chef du gouvernement expliquant qu’elle répond aux attentes des journalistes qui attendent impatiemment que de vraies réformes soient entreprises en faveur de leur établissement.

Loin de la personne d’Elyes Gharbi, les maux dont souffre la télévision nationale sont beaucoup plus profonds et enracinés dangereusement dans l’établissement qui a besoin d’une réelle action. Une action qui ne viendra que si la bonne volonté politique y soit.

Salma BOURAOUI

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