«Je suis fière  de pouvoir prouver qu'une fille d'immigrés tunisiens a sa place à l'Assemblée nationale» - Le Temps Tunisie
Tunis Jeudi 23 Novembre 2017

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2017

Jihan Chelly, une  Franco-tunisienne candidate aux législatives françaises

«Je suis fière  de pouvoir prouver qu'une fille d'immigrés tunisiens a sa place à l'Assemblée nationale»

Dimanche 18 Juin 2017
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Jihan Chelly, une  Franco-tunisienne candidate aux législatives françaises : «Je suis fière  de pouvoir prouver qu'une fille d'immigrés tunisiens a sa place à l'Assemblée nationale»

 

Jihan  Chelly, une franco-tunisienne, n’est pas novice  en politique. À 40 ans, cette mère de deux enfants est à la fois première adjointe à Briare et vice-présidente de la communauté de communes Berry Loire Puisaye, chargée dans les deux cas de l’urbanisme et du développement durable. Elle est candidate aux élections législatives de juin 2017 pour La République En Marche dans la 3e circonscription du Loiret. Jihan Chelly (REM) a récolté durant le premier tour 35,4% des voix, devant le député sortant Claude de Ganay (LR) avec 23,6% des voix. Elle a bien voulu se confier à notre collaborateur  à la veille du 2ème tour des législatives françaises

Tout d’abord qui est Jihan Chelly ?

Je suis née en France, à Gien, petite commune du Loiret et j'ai grandi à Briare. Après des études à Orleans j'ai choisi de revenir m'investir dans ma commune d'un point de vue professionnel (je suis professeur d'anglais au collège de Briare) et politique (je suis 1ère adjointe au maire de Briare et vice-présidente de la communauté de communes Berry Loire Puisaye).Je suis marié à un tunisien, Mohamed Chelly, que j’ai rencontré durant des vacances à Nabeul d'où mes parents sont originaires. Nous avons deux enfants, Inès 14 ans et Selim 10 ans. Mon père, Mokhtar El Ghoul, est arrivé en France suite au recrutement du dirigeant de la manufacture des Emaux à Briare. Il a ensuite épousé ma mère, Mounira Gannar, à Nabeul, en 1974 et l'a installée avec lui à Briare. J'ai un frère, ingénieur à Londres, une sœur, professeur de médecine à Nouakchott en Mauritanie et une autre sœur responsable de communication scientifique chez Dior à Paris. Je me rends régulièrement en Tunisie (deux à trois fois par an), seule ou en famille, et ces séjours sont indispensables à mon équilibre personnel et me permettent de rester connectée avec mes deux pays, la France et la Tunisie. J'ai encore beaucoup de famille à Nabeul (oncles, tantes, cousines, belles-sœurs...) et j'insiste pour que mes enfants restent attachés à ces éléments de leurs racines. 

Quelles sont vos chances pour ce deuxième tour ?

Je suis complètement connectée avec la réalité et le quotidien. Je ne suis pas une privilégiée, je suis jeune, dynamique et j'ai l'expérience d'un mandat local. Je suis aussi complètement en lien avec la réalité professionnelle, puisque je suis en activité. Les résultats du 1er tour ont montré que les Français et les habitants du Loiret en particulier souhaitent un réel changement des usages de la politique en France. Je suis ravie d'arriver en tête et d'avoir éliminé le Front National dans ma circonscription. Rien n'est encore gagné. Il faut continuer à mobiliser les électeurs car l'abstention a été importante.

Pouvez-vous résumer votre programme ?

Ma priorité est de  permettre  aux habitants de retrouver de l'espoir mais également à chacun de trouver sa place dans cette société. Il s'agit d'un programme positif, ouvert et rassembleur qui n'oppose pas les habitants mais les rassemble quelles que soient leurs origines sociales, géographiques ou culturelles.

Comment jugez-vous votre réussite ?

Je suis fière de pouvoir prouver qu'une fille d'immigrés tunisiens à sa place à l'Assemblée nationale pour réfléchir sur les lois mais également représenter les français dans toutes leurs diversités. Si je suis élue, c'est un progrès énorme pour la France et un espoir pour toute une génération de jeunes issus de l'immigration mais également pour les femmes. J'espère pouvoir reprendre contact avec  les tunisiens lors d'un prochain séjour en Tunisie afin de témoigner de cette expérience. De nombreux tunisiens suivent ma campagne électorale sur Facebook. C'est un formidable message de lien entre les peuples qui est envoyé au travers  de ma candidature et  de toutes les autres.

Vous êtes issus de l’immigration,  quel regard portez –vous sur ce sujet ?

Mes parents ont émigré en France dans les années 70. Je suis donc fille d'immigrés tunisiens. Durant mon enfance je n'ai pas été confrontée à quelque préjugé ou discrimination car j'ai grandi dans une petite commune loin des difficultés des banlieues des grandes villes. D'autre part l'éducation de mes parents et ma réussite scolaire m'ont permis de ne pas subir la situation mais de m'emparer de mes atouts pour progresser. J'estime donc qu'il est possible de donner du sens à l'avenir de ces enfants d'immigrés trop souvent enfermés dans l'échec. 

Ma vie a également été ponctuée plus tard, lors de mon engagement politique, de souffrances liées au racisme et aux discriminations mais j'ai su persévérer et construire mon identité en m'imprégnant de ma binationalité plutôt que de rejeter une partie de moi-même. Les jeunes issus de l'immigration ne pourront réussir et se faire accepter que s'ils sont en phase avec leur double identité. 

Quel jugement portez-vous sur la Tunisie en tant que démocratie naissante ?

Je suis soulagée de voir que la Tunisie se dirige lentement vers une démocratie ouverte et qui intègre les libertés individuelles. Le chemin à parcourir est encore long et semé d'embûches mais je reste optimiste car la révolution a eu des conséquences positives sur notre nation contrairement à d'autres pays du monde arabe. La Tunisie a la chance d'avoir une population éduquée et une élite structurée. Si je suis élue, je m'impliquerai autant que faire se peut, à accompagner ce pays vers l'épanouissement politique et renforcerai les liens historiques et affectifs entre la France et la Tunisie. Je mettrai mon expérience personnelle au service, entre autres, de la solidarité entre ces deux pays. Je compte ainsi m'investir dans la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale mais également dans celle de l'aménagement de l'espace et du développement durable car j'ai acquis au fil des ans, une expertise dans ces domaines. 

 

Kamel Bouaouina