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Tunis Dimanche 18 Février 2018

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Tensions et menaces à El Kamour

Chahed et Caïd Essebsi face à leur ultime épreuve

Mardi 23 Mai 2017
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Chahed et Caïd Essebsi face à leur ultime épreuve

Moins de deux semaines après le discours prononcé par le président de la République au Palais des congrès – où il a annoncé que l’Armée nationale sera chargée de protéger tous les sites de production du pays – la situation à El Kamour, gouvernorat de Tataouine, continue de dégénérer. Après avoir reçu de grandes promesses de la part du gouvernement, les protestataires d’El Kamour ont décidé de continuer leur sit-in sur les lieux. Samedi dernier, un certain nombre de ces protestataires ont réussi à fermer la vanne de pompage de pétrole de la région. Une action de provocation à l’encontre de l’Armée nationale qui n’est pas tombée dans de sourdes oreilles. Moins de vingt-quatre heures plus tard, une réunion sécuritaire s’est tenue au palais de la Kasbah ayant abouti à un certain nombre de décisions.

Suite à ladite réunion, la vanne de pompage a été réactivée, des unités de la Garde nationale ont été envoyées en renfort sur les lieux et une mise en garde contre toute personne défiant les autorités a été annoncée. De son côté, le ministère de la Défense nationale a émis un communiqué au ton sévère où il a expliqué que les soldats et les unités de la Garde nationale protègent les sites de production du pétrole et qu’ils comptent le faire correctement. Le communiqué a insisté sur les dégâts juridiques et physiques que peuvent provoquer une confrontation entre les unités et les protestataires. Le ministère de la Défense a insisté sur le fait que les soldats ne se sont pas soumis, samedi, aux requêtes des protestataires, mais qu’ils ont juste voulu éviter tout débordement d’où leur appel à l’ingénieur de la société qui n’a fait que baisser la pression de la vanne de pompage.

Une grave évolution

Parallèlement à ces événements, quelques habitants de la ville de Tataouine ont enchaîné, dimanche soir, des rassemblements en signe de soutien aux sit-inneurs. Des rassemblements qui ont été contrés par les forces de l’ordre qui ont eu recours au gaz lacrymogène pour disperser les manifestants. En réponse, les habitants de Tataouine se sont rassemblés devant le siège du gouvernorat et ont essayé de s’y introduire de force. Le gouverneur a été ‘dégagé’ par les protestataires et, là encore, les unités de l’ordre ont dû faire face à ces incidents.

En à peine soixante-douze heures, le sit-in d’El Kamour a connu une dangereuse évolution de la situation ; alors que les méthodes de l’Armée nationale sont connues de tous – contrairement à la police et à la Garde nationale, l’Armée ne dispose ni de matraque ni de gaz lacrymogène – il semblerait que les sit-inneurs ont subitement décidé de pousser encore plus leurs protestations. Une évolution très grave d’autant plus qu’elle marque une première dans le défi contre l’Armée, symbole ultime de la République.

L’Etat tunisien est faible ; ceci est un secret de polichinelle mais existe-t-il quelqu’un (président du gouvernement ou président de la République) qui puisse  siffler, pour de bon, la fin de la récréation et ordonner la fin de cette tragique mascarade qui risque réellement aujourd’hui de faire échouer tout ce qui a été bâti depuis l’Indépendance. Youssef Chahed et Béji Caïd Essebsi sont appelés à répondre de leur responsabilité et à dépasser leur handicap, causé par le consensus, pour sauver ce qui peut encore être sauvé.

 

Décès d’un manifestant 

Un manifestant heurté, hier, à El Kamour (gouvernorat de Tataouine), par une voiture de la sûreté, est décédé, à l’Hôpital régional de Tataouine, déclare aux médias le chef de service de réanimation de l’hôpital, Sadok Bouharba. Un autre manifestant blessé à l’œil a subi une intervention chirurgicale, a-t-il ajouté.

Les districts de la garde et de la sûreté nationales à Tataouine ont été pris d’assaut par les protestataires, après le retrait des membres de la sûreté. Plusieurs voitures de police y ont été brulées. Les manifestants ont, par ailleurs, tenté d’envahir la fourrière municipale.

Salma BOURAOUI