Tunis se tait !? - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 15 Août 2018

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Aug.
15
2018

Tataouine bouillonne dangereusement 

Tunis se tait !?

Mardi 25 Avril 2017
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Tunis se tait !?

 

Cela fait presque trois semaines que l’on suit de près les protestations sociales des habitants de la ville de Tataouine. Au déclenchement de ces mouvements, on était plutôt optimistes puisque l’organisation et le soutien dont ils disposaient – de la part des bureaux régionaux de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et celui de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) – démontraient que l’élan était sincère, spontané et légitime. Toutefois, la situation a pris une autre tournure et les images qui nous parviennent de la ville deviennent de plus en plus inquiétantes.

Hier matin, des jeunes de la ville ont foncé, avec leurs camionnettes et autres camions, sur des canalisations d’eau d’une société d’exploitation pétrolière de la région. Une page Facebook, nommée Dehibat 24, nous montre des photos et une séquence vidéo de ‘l’exploit’ du vandalisme en question. Accompagnée par un texte où on se félicite d’avoir achevé une société qui dérobe ‘les richesses du pays’, la publication s’est fait beaucoup remarquée par les camions qui s’y affichent : des pick-up d’une certaine valeur matérielle suspecte. Cela sans oublier bien évidemment le fait que ces pick-up sont connues pour être les « préférées » des contrebandiers qui les utilisent pour les besoins de leur trafic. 

Dès lors la question de la spontanéité des mouvements sociaux est devenue de plus en plus récurrente ce qui a grandement nuit aux autres mouvements sociaux qui, eux, bénéficient d’une certaine légitimité comme l’on voit cela au Kef ou encore à Kairouan.

Laissant le large public se disputer entre ceux qui maintiennent leur soutien aux habitants de Tataouine et ceux qui appellent les forces de l’ordre à intervenir dans l’urgence, et jusqu’à l’heure où nous écrivions ces lignes, le gouvernement tunisien sombre dans un silence des plus alarmants. Nos tentatives d’en savoir plus du côté de la Kasbah ont été vaines et la seule information dont nous disposons est celle d’une probable visite du chef du gouvernement, Youssef Chahed, à Tataouine jeudi prochain. Toutefois, cette annonce est officieuse – puisqu’elle a été faite par un député à l’Assemblée des représentants du peuple qui n’a présenté aucune preuve de ce qu’il avançait – et ressemblerait donc plus à un effet d’annonce qu’à une réelle décision.

Concrètement, cela serait difficile de voir Youssef Chahed se rendre dans la ville en question dans un état sécuritaire aussi défaillant parce que les protestataires, à part le vandalisme exercé contre la société suscitée, ont bloqué les deux principales entrées au Sahara tunisien. Notons que ces deux entrées en question sont, normalement, reliée à la zone militaire tampon du sud…

Selon quelques témoignages, les protestataires auraient même scandé des slogans hostiles aux forces de l’ordre qui rimeraient dangereusement avec les slogans des terroristes de Daech. Quoiqu’il en soit, la situation commence sérieusement à déraper au sud tunisien et il serait peut-être temps de voir les autorités prendre leur responsabilité et arrêter leur fuite en avant. Si la situation à Kerkennah a fini par se calmer, les informations qui nous parviennent de Tataouine sont beaucoup plus graves et deviennent, par conséquent, totalement incompatibles avec la réponse de notre cher gouvernement.

Salma BOURAOUI