Quand les hors-la-loi font leur loi ! - Le Temps Tunisie
Tunis Samedi 17 Février 2018

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2018

Troubles, émeutes, contrebande…

Quand les hors-la-loi font leur loi !

Jeudi 5 Janvier 2017
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 Quand les hors-la-loi font leur loi !

La nuit du mardi à mercredi a été marquée à Kasserine par de graves perturbations frisant, carrément, l’émeute suite à des manifestations violentes organisées par des habitants de la cité Ennour criant des slogans d’ordre social et revendiquant le droit au développement et à l’emploi.

L’ampleur et la violence de ces marches nocturnes ont fait craindre le pire, surtout au vu des images transmises en direct par la chaîne Al Jazeera et aux échos répercutés par les blogueurs et autres pages à travers les réseaux sociaux, notamment sur Facebook.

Toutefois, au fil des heures, la vérité commençait à voir le jour. Les Tunisiens ont vite compris qu’il s’agissait d’une piètre parodie pas belle à voir d’un prétendu début de soulèvement. 

Effectivement, on s’et aperçu, que les manifestants étaient manipulés et téléguidés par une bande bien organisée et impliquée dans le commerce parallèle. Ce scénario a été confirmé par les informations avérées quant au déroulement d’une attaque en règle par un groupe de personnes qui avaient pris d’assaut le dépôt de la municipalité et le siège de la  recette des finances de la localité. C’est clair comme eau de roche.

En effet, les « protestataires » ont mis le feu dans des pneus et bloqué les voies principales reliant la Cité Ennour à la ville de Kasserine, créant, ainsi, une ambiance hallucinante et marquée par un climat de tension générale, ce qui a contraint les forces de l’ordre à intervenir, faisant usage de gaz lacrymogène afin de disperser la grande foule qui a déclenché ce mouvement de contestation pour soutenir un contrebandier dont la voiture luxueuse avait été saisie dans l’après-midi de la même journée.

Ce baron du trafic du commerce parallèle a profité, d’ailleurs, de ce climat de tension et de panique générales pour récupérer son véhicule au dépôt municipal. D’autres jeunes ont également profité de cette situation et se sont emparés de motos confisquées.

Bref, ce fut, selon les correspondants des médias et des témoins oculaires, le règne des voyous et des hors-la-loi qui trouveraient, probablement, quelques politiciens et autres dirigeants de partis politiques pour les défendre sur les plateaux radio ou télé.

Donc, et pour camoufler ces vols de locaux appartenant à l’Etat, les barons de la contrebande, installés dans cette zone frontalière, propice à ce trafic juteux, ont procédé à tout ce manège et à toute cette mise en scène avec pour acteurs des adolescents de 15 et 16 ans utilisés à leur insu comme une sorte de « chair à canon » pour parvenir à leurs fins. Ce qui fut atteint…

Résultat de cette mascarade : arrestation de cinq personnes selon les services sécuritaires et…c’est tout ! Qu’en est-il de la tête pensante de ce coup de théâtre, en l’occurrence le contrebandier qui a récupéré son véhicule par la …force ! Et qu’en est-il de ses éventuels complices qui auraient contribué à la manipulation et au rassemblement des jeunes ados ? On n’en sait rien… Motus et bouche cousue.

Et puis que faisait Al Jazeera qui était, pratiquement, le seul média audiovisuel à se trouver, curieusement sur les lieux avec une équipe et du matériel pour assurer une couverture en direct avec des intitulés provocateurs et incendiaires rappelant une ambiance de janvier 2011.

Cet épisode qui a failli dégénérer et dont les auteurs seraient épargnés de toute sanction et de toute poursuite en justice est, malheureusement, un des nombreux incidents où les auteurs bénéficient d’une impunité surprenante contrairement à ce que stipule la loi.

Pourtant, on croyait dur comme fer ; lors des campagnes électorales menées en 2014 par le président de la République et son parti, Nidaa Tounès, qu’on allait, enfin, retrouver le prestige de l’Etat qui, fort d’élections libres et démocratiques, n’hésiterait pas à faire respecter les lois grâce à la force et à l’application des textes juridiques en vigueur.

Ce qui est curieux encore c’est qu’au même moment, des incidents, en tous points, similaires, ont éclaté à Jendouba, profitant du mouvement social enclenché le matin par les ouvriers des chantiers, et aboutissant aux mêmes troubles avec les mêmes affrontements avec les forces de l’ordre.

Pendant ce temps, des témoins dans la région du Kef faisaient état d’un large dispositif sécuritaire qui s’est mis en place depuis les premières heures de l’après midi bloquant les accès vers la frontière algérienne, notamment au niveau de Sakiet Sidi Youssef et Kalaât Senan.

Ces mouvements déclenchés, dans les régions tunisiennes limitrophes de l’Algérie, de façon coordonnée et sans aucune raison évidente valable sont qualifiés d’étranges et curieux, surtout avec un début de mouvements sociaux en Algérie, prétextant un rejet de la loi de finances de 2017. Sachant que la première réaction des autorités algériennes à ces mouvements a été de renforcer la sécurité, sur ses frontières avec la Tunisie, justement.

L’impunité

En tout état de cause, il est temps de prendre le taureau par les cornes car depuis qu’on le dit sans passer à l’action, cela  aurait donné des ailes aux hors-la-loi pour faire leur loi dans l’impunité la plus totale.

On rappelle, dans cet ordre d’idées, les cas des dérapages incessants dans les zones d’extraction du phosphate, dans le Bassin minier où quelques dizaines de personnes parviennent à tout bloquer et faire perdre à la communauté nationale des milliers de millions de dinars sans qu’on n’entende parler de procès contre les auteurs de ces troubles.

Il en est de même à Kerkennah où une seule personne, aidée par quatre ou cinq membres de sa famille parvient, à lui tout seul aussi, à bloquer les camions de transport de gaz de la société PETROFAC faisant perdre à l’Etat d’autres centaines de millions de dinars. Et c’est toujours dans l’impunité totale que cela se passe, sachant que le gouvernement s’était engagé, par un accord dûment signé, à mettre un terme aux poursuites judiciaires contre les auteurs de destruction de biens publics!

C’est dire que tant que les barons de la corruption et de la contrebande sont assurés qu’ils sont « intouchables », l’on ne pourra rien contre ce phénomène qui serait en étroite liaison avec celui du terrorisme. Pourtant, Youssef Chahed avait promis de s’attaquer à cette « pieuvre » On attend encor pour voir.

Et mis à part quelques coups d’éclats d’Omar Mansour, gouverneur de Tunis, et qui se sont étrangement estompés, l’état des lieux demeure inchangé avec le risque d’empirer laissant croire qu’il y a une sorte d’impuissance de la force légale face aux forces occultes des hors-la-loi.

Noureddine HLAOUI