«Le laxisme n’est pas la solution» - Le Temps Tunisie
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Trois questions à la députée Leila Chettaoui

«Le laxisme n’est pas la solution»

Mercredi 4 Janvier 2017
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«Le laxisme n’est pas la solution»

 

La Commission de la Défense et de la sécurité au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a auditionné, lundi, le ministre de la Justice Ghazi Jeribi. Cette séance a été dédiée aux problèmes de surpopulation que connaissent quelques prisons tunisiennes, à la réforme de la loi 52 – relative à la consommation du cannabis – et aux solutions qui devraient être entreprises face au retour des terroristes tunisiens. Députée membre de la même Commission, Leila Chettaoui est revenue, au cours de cet entretien, sur ces trois questions.

-Le Temps : La réforme de la loi 52 était l’une des promesses électorales du mouvement de Nidaa Tounes. Deux ans plus tard, nous sommes enfin sur le point de changer cette loi. Que pouvez-vous nous dire sur les nouveautés au niveau de ce texte ?

Leila Chettaoui : L’article 52 représente une frustration pour le juge qui n’a même pas la possibilité de pouvoir mesurer la peine prononcée à l’encontre de ceux qui consomment de la drogue pour la première fois. Plusieurs jeunes ont été victimes de la rigidité de cette loi en passant, automatiquement, une année en prison.

Préférant ne pas reprendre la loi 52 de 1992, nous avons opté pour une nouvelle loi qui, philosophiquement, est différente de la première. Aujourd’hui, la Commission de la législation générale est en train de faire la première lecture de ce projet de loi qui insiste beaucoup sur le sort du nouveau consommateur surtout en matière de désintoxication.

-Cette nouvelle loi contribuera-t-elle à la réouverture prochaine des  centres de désintoxications?

Le projet de loi repose principalement sur cette idée : trouver la solution idéale pour mettre fin à l’addiction. On parle non seulement de centres de désintoxication, mais aussi de centres décentralisés pour que Tunis ne soit pas la seule ville concernée par cela. Toutefois, ces centres relèvent de la responsabilité du ministère de la Santé publique dont la ministre, Samira Maraï, sera, elle aussi, auditionnée par le Parlement à ce sujet.

Par ailleurs, le projet de loi est très clair quant à une question que posent certains : le texte ne fait pas de différence entre les drogues douces et les drogues dures. Nous ne sommes pas allés dans la logique qui dit que consommer du cannabis ne veut pas dire que l’on est un drogué. Nous nous sommes basés, pour ce choix, sur les normes internationales concernant la santé et qui sont claires : on ne fait pas la différence entre les drogues.

-Pour finir, et lors de cette même séance, vous avez évoqué les conditions des prisons. Est-ce que c’est une coïncidence que cela survienne avec le retour des terroristes tunisiens ?

Certaines prisons connaissent une surpopulation alarmante surtout si on la compare  aux normes mondiales qui varient entre 2 et 5%. Chez nous, certains établissements vont jusqu’à  un taux de 70% de surpopulation. Des chiffres qui sont très loin du respect des droits de l’Homme. Or, lorsque l’on emprisonne quelqu’un, nous visons surtout à ce qu’il puisse se repentir et qu’il se réintègre dans la société à la fin de sa peine. Mais comment peut- on espérer un tel résultat avec ces conditions ?

Pour votre question, je pense que la problématique des conditions des prisons tunisiennes doit absolument être résolue indépendamment de toute autre question. Ce n’est pas parce que les terroristes comptent rentrer en Tunisie que l’on est dans l’obligation de vider nos prisons. Chaque problématique doit être traitée à part. Cela concerne, aussi, la réforme de la loi 52. Il faut que ces trois dossiers soient confondus. Il ne faut pas aller dans des solutions pareilles qui risquent de causer des dommages collatéraux. Nous ne devons pas tomber dans le laxisme tout en veillant à ce que l’avenir de nos jeunes ne soit pas détruit à cause d’une consommation.

Propos recueillis par 

Salma BOURAOUI