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Développement des zones frontalières

Une composante essentielle de la lutte contre le terrorisme

Samedi 19 Novembre 2016
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Une composante essentielle de la lutte contre le terrorisme

 

Depuis l’émergence du phénomène alarmant du terrorisme, un constat s’est vite imposé aux autorités tunisiennes. Le danger provient surtout des frontières qui forment un tracé long d’environ 960 km avec l’Algérie et de près de 500 km avec la Libye. Dès juillet 2015, la Tunisie avait annoncé la construction d’un mur de sable haut de 2 m avec tranchées infranchissables par un véhicule, entre ses deux postes frontaliers avec la Libye. Long de 200 km et achevé au début de l’année 2016, il est destiné à contrer toute intrusion d’individus dangereux et à freiner la contrebande. La protection des frontières inclut également un dispositif de surveillance électronique piloté par des techniciens allemands et américains et dont le coût est estimé à 150 millions de dinars. Mais ces moyens technologiques sophistiqués et ces obstacles élaborés parviendront-ils à endiguer cette menace terroriste persistante qui gangrène les secteurs vitaux du pays et fragilise les relations entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye ? Le problème est-il uniquement d’ordre sécuritaire ? En effet, suffit-il de traquer les terroristes pour faire des frontières des zones protégées et sûres ou bien faut-il également prendre en compte les facteurs adjacents à savoir la situation socio-économique des habitants de ces zones frontalières, soutenir l’éducation et booster l’économie dans les régions rurales afin d’améliorer le quotidien des citoyens qui cesseront alors d’être des proies faciles aux mains des terroristes ? 

Inutile de chercher bien loin des réponses à ces questions tant l’évidence saute aux yeux. Parmi les facteurs ayant contribué à la prolifération du terrorisme dans le pays , l’illettrisme, l’abandon scolaire précoce et la situation économique dégradée d’une bonne frange de citoyens, notamment ceux des bourgades et régions frontalières. Différents experts ayant mené des études et des enquêtes l’ont attesté et les faits ne sont plus à démontrer. D’ailleurs, les chiffres ne trompent pas. Au nord-ouest et au sud, le taux de chômage oscille entre 20 et 50%. A Tataouine par exemple, près de 73% des femmes sont au chômage. Ces mêmes régions sont les plus touchées par le terrorisme aussi bien en terme de terroristes enrôlés qu’en nombre d’attaques et assassinats terroristes dont le dernier, en date du 5 novembre, a été perpétré près du Mont Mghila dans la délégation de Sbiba à Kasserine. Âgé de 26 ans, le caporal-chef Saâd Ghozlani a été tué devant sa mère et ses proches par un groupe armé. Les premiers éléments de l’enquête laissent penser qu’un de ses cousins serait complice de son meurtre. 

Tunisie, Algérie : même combat, mêmes défis

Conscients de l’urgence et de l’importance d’une intervention globale dans les zones frontalières, les gouvernements successifs ont planché depuis la révolution sur des solutions durables et conçu divers projets. Pour exemple la bande frontalière tuniso-algérienne qui focalise l’intérêt des autorités des deux pays et qui ont annoncé, dès 2015, vouloir y redonner vie à travers des projets touristiques et artisanaux. C’est ainsi qu’un jumelage entre la wilaya d’El-Oued (Algérie) et le gouvernorat de Tozeur (Tunisie) a été décidé dans le but de créer un partenariat renforcé entre ces deux régions voisines et mieux contrer le terrorisme. En mai 2016, Salma Elloumi, ministre du Tourisme a rencontré son homologue algérien Amar Ghoul à Alger. La relance de la relance des zones frontalières à travers divers projets économiques a été au cœur de cette rencontre lors de laquelle le ministre algérien a annoncé la mise en place d’un plan pour le développement des zones frontalières dans le cadre de l’aménagement du territoire. Il a en outre affirmé que des opérateurs algériens  étaient prêts à y lancer des projets touristiques. Plus récemment, le 10 novembre, un accord de partenariat pour la promotion de l’artisanat dans la bande frontalière a été conclu, en Algérie, entre l’Union régionale de l’industrie, du commerce et de l’artisanat de Jendouba et la Chambre d’artisanat et des métiers d’El Tarf. Ce document vise notamment la création d’espaces d’exposition et la tenue d’une Semaine de l’artisanat dans les deux régions mais porte aussi sur l’organisation de rencontres périodiques, la promotion de l’artisanat des deux régions et l’accompagnement et la formation des artisans désireux de lancer leurs propres projets. 

Responsabilité citoyenne

Si du côté algérien, les autorités tunisiennes ne semblent pas rencontrer de réels problèmes pour collaborer pour le développement des zones frontalières à travers le lancement de projets économiques, la situation est toute autre du côté des voisins libyens tant par la complexité du contexte socio-politique du pays que par son instabilité durant ces dernières années. Mais ce ne sont pas là les seuls obstacles rencontrés par les décideurs tunisiens ou encore la société civile, très active dans ce domaine, à établir des projets dans les zones frontalières. En effet, la concrétisation et surtout la pérennité des initiatives lancées a bien souvent été entravée par des obstacles administratifs, financiers ou tout simplement à cause du manque de volonté et d’implication des locaux. En 2012 par exemple, dans une des localités, le projet de construction d’un puits qui devait fournir de l’eau potable pour tous, irriguer la région et booster l’agriculture a été stoppé net à cause d’un différend entre deux tribus. En effet, le puits devant être situé à une distance plus proche d’un village que de l’autre a provoqué une vague de colère à cause de ce détail anodin et n’a jamais été creusé. Encore une fois, il s’avère que la prospérité des régions et la lutte contre le terrorisme ne peut se réduire à des projets économiques sans qu’ils ne soient complétés par des campagnes de sensibilisation et d’éducation citoyenne impliquant un changement radical des mentalités et une réelle implication de tous les Tunisiens, malgré leurs différends, malgré leurs différences.

Rym BENAROUS