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L’approche
On arrive facilement à Tahent en empruntant d’abord la route P. 11 reliant Mateur à Béja puis en tournant, à gauche, au village de Sidi Nsir. Il est remarquable par son monument commémorant le sacrifice de soldats alliés arrêtant les troupes nazies durant la campagne de Tunisie de 1942-43.
A Sidi Nsir, on bifurque sur la route C. 64 qui ramène à Tébourba. Mais, à 4,5 kilomètres du carrefour, une autre petite route mène au village de Tahent et à sa Kalaa.
On peut aussi y arriver en empruntant, à Tébourba, la C. 64. On va cheminer, en faisant l’école buissonnière, vers les collines de Chouigui, le Jebel Baouela couvert d’eucalyptus. Puis, on suivra la vallée de l’Oued Tine aux champs de céréales. On dépassera le village de Sidi Abdelbasset et des collines couvertes de garrigue jusqu’à l’embranchement menant à Tahent.
Au printemps, ces deux promenades sont un plaisir. Les champs de céréales plus ou moins vert jade ou jaune pâle pour les orges sont émaillés de mille fleurettes : les coquelicots rouge sang, les bourraches bleu roi, les grandes « marguerites » jaune d’or, les camomilles blanc nacré, les liserons, les mauves et les chardons des talus rose indien. Dans l’azur que la chaleur n’a pas encore décoloré planent les cigognes, les milans et les buses. L’air frais moire d’argent les oliviers et fait chanter les « petits oiseaux » très affairés car c’est la saison des nids.
Les nécropoles berbères
Quelques centaines de mètres après l’embranchement menant à Tahent, à droite de la route, s’ouvre un vaste espace plat : l’aire de stationnement des véhicules d’une ancienne carrière. On peut y laisser sa voiture sans crainte : on va se promener dans les collines qui la cernent.
On va vers la butte qui marque l’ancienne carrière et on se dépêche de la dépasser car elle a servi de décharge ! Il vaut mieux avoir une canne ou un bâton parce qu’on va marcher sur un sol très caillouteux. Tout près, de tous les côtés, on découvre de nombreux monticules de pierres. Ils sont presque tous surmontés d’un curieux édicule en pierres sèches, de moins de 2 mètres de haut, en forme de portion de cylindre. « Des abris pour les bergers pensent certains promeneurs ». Mais, d’abord, pourquoi y’en a-t-il un tous les 50 mètres environ ? Des groupes de bergers, dont on ne voit pas trace aujourd’hui, se réfugiaient tous ensemble, en même temps, sur la même colline ! Ensuite, pourquoi ces abris sont-ils érigés, chacun, sur un très gros tas de pierres qui peut avoir la forme d’un cône ou celle d’un talus ? Pourquoi entasser d’abord des quintaux de pierres puis construire un abri dessus ? Enfin, certains tas de pierres sont dotés de 2 ou 3 abris dont certains s’ouvrent face aux vents froids et humides du Nord-Ouest. Curieuse façon de se protéger ! Après nous être promenés sur la colline, appelée Kef Erressas, derrière l’ancienne carrière, on traverse un petit vallon, vers le Sud. On arrive sur la partie Sud du Kef El Guebli. Là, nous rencontrons, en plus de nombreux abris en pierres sèches, des monuments mégalithiques qu’on peut appeler dolmens. Il n’y a pas d’erreur possible : c’est bien une nécropole préromaine.
Nous avons vu aussi un autre ensemble curieux. Dans un cercle de gros blocs d’une dizaine de mètres de diamètre, un monolithe allongé, semblable à une colonne mal dégrossie, est couché par terre. A-t-il été dressé à un moment ? Indique-t-il une direction privilégiée ? Quelle était sa fonction car un monolithe aussi difficile à tailler et à transporter en avait sûrement une ?
Puis, en remontant vers le Nord-Ouest, on traverse la petite route menant à Tahent et on découvre sur la partie Nord du Kef El Guebli, des « sépultures », enterrées, fermées par une dalle située presque au niveau du sol et recouvertes de grosses pierres. Evidemment, aucune n’a été fouillée par des archéologues et beaucoup ont déjà été pillées ! Quel dommage ! Il est largement midi passé et le pique-nique s’impose sous les oliviers proches de Tahent.
Les alentours
Il resterait à traverser la route venant de Tébourba vers le Sud-Est et à aller explorer la colline voisine appelée Kef El Kattous : le mont des chats. Elle aussi est tapissée de vestiges divers : tumulus de pierres sèches surmontés d’un … « abri » ou d’une « chapelle » servant à … « prier », monuments mégalithiques qui sont certainement des tombeaux dans lesquels on ne tiendrait pas allongé. Survivance des inhumations en position fléchie des hommes de la préhistoire tunisienne ?
On peut aussi, en après-midi, aller jusqu’au village actuel de Tahent et demander à un habitant ou à un adolescent, qui acceptera volontiers de guider les visiteurs, d’indiquer le chemin qui permet de grimper sur la kalaa voisine. Des vestiges prouvent qu’elle a été habitée. Les tessons de poteries indiquent qu’elle l’a été à différentes époques. A-t-elle servi de refuge temporaire à des moments d’insécurité ou de lieu de vie permanent ? Les habitants du village ne s’en souviennent plus.
Encore, un peu d’histoire qui se perd, hélas, dans l’indifférence. Il faudrait promouvoir un tourisme alternatif populaire par le biais du chemin de fer. La ligne Mateur, Sidi Nsir existe. La connaissance et un peu de publicité amèneraient des visiteurs dont les subsides aideraient les villageois peu fortunés.
Alix MARTIN
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