La culture de transition comme la justice de transition et à l’instar de celle de l’information connaitront-elles le même sort qu’on leur réserve toutes ? Une même mise au pas et une même domestication ?
Il va sans dire que l’information, la justice ont connu une certaine discussion et même un dialogue entre les parties prenantes pour définir les caractéristiques et les limites de cette transition… La culture, elle, n’a pas connu cette ambiance. Toutes les demandes de dialogue de discussion ont été refusées. Les intéressés, les artistes continuent comme par le passé à subir des décisions unilatérales confectionnées dans les cabinets des conseillers surtout ceux très récemment nommés.
Les interdits d’acheter
Les dernières nouvelles concernant la vie artistique et surtout la commission nationale d’achat et les blocages que connaissent les acquisitions d’œuvres par cette même commission inquiètent les artistes et la société civile. En effet, certains travaux d’artistes proposés par la commission ont été rejetés par le conseiller du ministre de la Culture.
Les rejets concernent les travaux de certains artistes connus mais aussi moins connus… des jeunes entre autres à qui la commission ne doit pas s’intéresser. Les peintres d’avant-garde comme Amor Bey et Samir Makhlouf ne peuvent pas selon le conseiller vendre leurs œuvres à l’Etat. Les vrais historiens de l’art, les esthéticiens et les praticiens authentiques reconnaissent les apports de ces deux peintres censurés aujourd’hui. Quelle gageure !
Le conseiller aux arts plastiques propose même qu’à défaut de pouvoir totalement les censurer l’on puisse diminuer leur prix d’achat (déjà rogné par la commission) de 50%. Aucune justification n’est avancée pour cette diminution… Sauf l’arbitraire et la volonté d’intervenir d’une manière intempestive dans le travail de la commission un travail jusque là efficace, sérieux et neutre.
En fait, personne ne peut dire avec exactitude le sens de cette intrusion du « conseiller » dans la vie artistique nationale, est-ce un excès d’autoritarisme personnel : une revanche ou une volonté politique de domestiquer l’art et d’instaurer une sorte de censure.
Nous ne le savons pas encore ? Est-ce seulement un tour de vice iconoclaste ?
Le deuxième volet soulevé par l’intervention intempestive et peu justifié est celui qui interdit à la commission d’acquérir des œuvres d’art appartenant à des peintres morts… surtout lorsqu’ils sont d’origine juive ?
Rien ne trouve grâce aux yeux de notre conseiller dont l’expertise n’est reconnue par personne. Les travaux des peintres morts sont refusés au tant que ceux des vivants.
Cette nouvelle procédure est illégale parce qu’elle instaure une commission de contrôle de la commission nationale contrôle qui discute et va jusqu’à réviser le choix de la commission nationale d’achat, elle-même… Pourquoi l’avoir laissé travailler depuis des mois déjà ? Pourquoi cette perte de temps ? Ce cafouillage ? Est-ce une nouvelle attitude des autorités vis-à-vis de l’art ? Il faudrait peut-être le croire ?
Les peintres morts
Cette intrusion du conseiller dans les affaires de la commission ne s’arrête pas à la censure. Des jeunes et d’autres peintres assez avancés dans l’expérience artistique et qui avaient dans le passé vendu beaucoup à la commission d’achat sont aujourd’hui interdits d’achat…
Cette intrusion va encore plus loin et ne reconnaît pas à la commission le droit d’acquérir des œuvres des peintures tunisiens morts. Alors, quel serait dorénavant le rôle de la commission d’achat sinon d’acquérir toutes les œuvres passées présentes et à venir ? Alors qu’on fait les autres commissions 2009, 2010 et 2011, lorsqu’elles ont acquis des œuvres 2011. Un travail de Ammar Farhat, mort depuis longtemps, une autre commission a acquis en 2009, un tableau d’Alexis Delahogue, en 2010 un tableau de Zoubeïr Turki et en 2012, une œuvre de feu Boussandel.
Allons nous refuser tous ces achats parce que leurs auteurs sont morts. Alors que faisons nous avec l’histoire contemporaine ? Allons-nous faire table rase de toute notre histoire picturale et de notre histoire tout court. La mise au pas de l’art et de la liberté de créer commence par la mise au pas de l’histoire.
Au niveau des peintres morts, la commission a cru de son devoir d’acquérir des œuvres très performants et authentifiés authentiques de Henri Saâda. Le travail de Henri Saâda a été offert à un prix de 7500D. Cette œuvre est également historique. Henri Saâda était connu et était le professeur à l’école des beaux arts de Tunis, de pleins de génération d’artistes tunisiens. Edgar Naccache est le premier peintre tunisien des années 50 à avoir choisi de s’imprimer en peinture abstraite. On vient de lui consacrer un livre à Paris.
Son travail acquis par la commission ne coûte que 7500D.
L’œuvre acquise par la commission de Gaetan Mifsud ne coûte que 3000D…
Par contre, et en comparaison avec les achats des commissions 2009, 2010, les œuvres des peintres morts ont été vendues à 7500D (Ammar Farhat).
L’œuvre du peintre Max Moneau également mort , a été achetée, par la commission le 5/9/2009 à 29000D, l’œuvre de Zoubeïr Turki a été vendu à 26000D, par la galerie Ammar Farhat. La galerie El Marsa a vendu à l’Etat, 7 tableaux de peintres morts pour la somme de 200.000D environ pour l’année 2009 et 2010.
C’est dire que les remarques développées par notre conseiller sont fallacieuses et peu fondées. Historiquement, elles sont à rejeter (fond et forme) totalement.
Le fait d’accuser la commission pour des raisons infondées préfigure peut être son élimination alors que la commission n’a fait que son travail d’une façon autonome et souveraine au service de l’art en Tunisie et des artistes qui travaillent passionnément pour leur pays. La mise à l’écart probable de cette commission 2012 vise, en fait à créer les conditions pour la domestication de l’art en Tunisie et sa neutralisation dans la lutte que nous menons pour élaborer une culture nationale démocratique et un art expressif, humaniste et moderniste. Voilà l’enjeu… Et il est énorme !