Acte criminel ? Les investigations s’intensifient mais ce qui est certain c’est que l’incendie de Moncef Bey n’échappe pas aux spéculations et on ne saurait, en tous les cas, ignorer un certain lien de causalité et certains indices.
Nous comprenons que la police garde pour elle de sérieux éléments de l’enquête qui mettra très longtemps à aboutir. Et, de fait, parler de « mystère » décuple l’acuité d’une affaire scabreuse, maquillée en accident « pyromane » mais dont les a priori confondent l’entendement.
Moncef Bey avait brûlé du temps de l’ancien régime. Ce n’était alors qu’un vaste marché informel, mais les compensations et autres réparations consenties par l’Etat auront sanctifié, institutionnalisé et, de facto, légalisé ce marché informel.
Or, ils sont plusieurs à penser que l’incendie criminel à la fin des années 90 avait été planifié et mis au point pour qu’au final, les conteneurs de la famille mafieuse déversent leurs produits sur ce marché avec la bienveillance complice de la douane. Incendier Moncef Bey avait pour but d’asseoir et de consolider les circuits de la Pieuvre.
Depuis, les Trabelsi dominaient tous les secteurs légalement « prohibitifs ». Or bien qu’ils aient été mis au pas, leurs tentacules continuaient de « réguler » ce vaste marché avec ses lois propres, ses sociétés écrans et ses personnages fictifs.
Là où c’est quand même confondant, étourdissant même, c’est lorsque l’incendie se déclare presque simultanément après que Hamadi Jebali se fut attaqué à ce réseau mafieux remettant en cause les Trabelsi et sommant la douane de lui fournir des dossiers précis de traçabilité sur ces conteneurs qui débarquent encore au nom des Trabelsi avant d’être détournés selon des subterfuges que le Premier ministre donnait l’air d’avoir découvert.
Ce que nous écrivons aussi reste naturellement spéculatif. Il y a néanmoins trop de coïncidences, trop de liens de cause à effet pour que l’on écarte la thèse criminelle.
A la fin des fins, un an et demi après la Révolution, les mafieux chez nous se révèlent être indémontables. Du moins pour le moment. Et la guerre, la vraie, ne consiste pas en les Salafistes, la justice transitionnelle ou la constitution. La gangrène est partout. C’est cet ogre là qu’il faut tuer.
Raouf KHALSI